Ma fin du monde (tout ce qui va pas trop bien)

La docilité de l’homme fasse aux médias me surprendra toujours. Que sa consommation quotidienne de ce qu’on appelle l’information  — radio, télé, journaux, ou web — rejouée en boucle 3 à 4 fois par jour, ne soit pas remise en question a quelque chose de masochiste. Les médias sont omniprésents dans nos environnements, et à moins de vivre très éloigné ou coupé du monde, on est tous infecté par ces mantras vénéneux, des mauvaises nouvelles, de la tragédie et du sang, à toute heure du jour, 365 jour par année.

Pour notre santé psychique, de suivre l’actualité, c’est comme si on mangeait du McDo chaque jours, en enfilant un paquet de Rothmans. C’est comme si on vivait dans un film d’horreur, se préparant à la fin du monde, au quotidien.

Dans ce monde qu’on nous projette, tout est morbide, rien ne va, on est presque tous déjà six pieds sous terre : une personne sur deux est touchée par le cancer (Merci Dodo de nous l’avoir rappelé en plein milieu de #TLMEP, alors que je me croyait être en zone libre, m’offrant un moment de détente en ce dimanche soir d’octobre), merci à ma pharmacie de me rappeler, via la radio ambiante, qu’une femme sur 9 aura le cancer du sein, alors que je croyais être en zone libre, cherchant de la litière pour mes timinous.

Avec cette omniprésence de mauvaises nouvelles, on se réveille fatigué, et on se couche vaincu, écrasé. Rien de bon pour un monde où tout est à refaire, où on a besoin de gens porteurs d’espoir, capable d’imaginer un futur et de créer de nouvelles structures, de nouveaux modèles, de déployer de nouvelles solutions.

J’aime la radio, Radio-Canada pour tout vous dire. Mais les nouvelles, répétées à l’heure, entendue à répétition, ont de quoi nous rendre tous malades.

Je me demande dans quel état se trouve notre psyché collective, avec ce stress constant — plus une once de paix accessible à moins de se couper de tout — une terreur ambiante qui nous laisse quotidiennement croire qu’il n’y a plus d’espoir, que ça ne vaut même pas la peine d’essayer de changer les choses, que notre monde est en perdition. Les zones libres d’information se font de plus en plus rares, il faut les chercher, se les offrir — c’est notre droit, notre responsabilité, de retrouver le silence dans cette folle réalité.

 

* * *

Quand j’étais petite, ma grand-mère, ultra croyante, divisée entre son petit Jésus et Lucifer, me demandait de prier pour qu’elle gagne à la 6/49. Elle craignait aussi l’annonce imminente de la fin du monde à la radio. J’écoutais à ses côtés, prête à bondir dès que la nouvelle de la fin du monde se ferait entendre.

35 ans plus tard, je regarde le monde dans lequel je vie, et je me dis que c’est ça la fin du monde, rien de ce que ma grand-mère appréhendait : les médias qui nous poussent l’horreur humaine en boucle, et les humains qui se nourrissent de cette violence répétitive comme si c’était un all-you-can-eat.

L’austérité, le lobbyisme, la guerre au terrorisme, nos droits et libertés brimés au nom de la sécurité civile, la peur ambiante de tout, mes animateurs de radio préférés qui prennent leur retraite ou qui disparaissent subitement (c’est un drame pour moi, peut-être pas pour vous), le cancer qui cour après moi, ma famille, mes amis, Ebola et tout les autres virus à venir, les politiciens corrompus, l’argent retenu aux mauvais endroits, les OGM, la guerre à travers le monde, l’industrie de la malbouffe et les pharmaceutiques qui dansent main dans la main, la planète et ma nature qui subissent les conséquences graves d’une économie basée sur le profit coute que coute, notre gouvernement qui, dans son délire d’austérité, coupe dans l’éducation parce qu’il sait bien que c’est là que se trouvent les acteurs du changement, des gens brillants, porteurs d’espoir qui ne sont pas encore désillusionnés et bouffés par le système, qui représentent une menace qui pourrait couter les sièges de nos vieux politiciens dépassés, la peur que nos conversations et gestes soient enregistrés et retenues contre nous, que nos participations à des manifs nous coutent d’être profilé par les forces de l’ordre, ne plus pouvoir être intègre à nos valeurs, se sentir espionné, piégé dans un système qui nous pousse à marcher à la queue-leu-leu, tête basse.

C’est ça ma fin du monde.

C’est quand les gens comme moi, occidentaux qui ont les moyens et le pouvoir de faire changer les choses, n’ont plus espoir. Quand l’espoir dérange. Quand l’horreur médiatique est la norme. Quand les gens oublient qu’ils peuvent demander le changement, qu’ils ont le droit de le faire, de choisir ce qu’ils mettront entre leurs deux oreilles, choisir de rester à l’affut de l’actualité, sans la laisser nous consommer, nous écraser, nous envahir passivement.

Choisir d’utiliser notre énergie pour avancer, créer nos propres règles, bien s’alimenter, prendre la vie pendant qu’elle est là, créer un nouveau monde.

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Texte originalement publié sur Medium.

Author: m-c

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3 Comments

  1. Un parfait résumé de notre vie d’aujourd’hui et une extrême lucidité sur notre monde !

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    • Merci Louane. Je prendrais bien un congé de lucidité parfois…! 🙂

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