Partir pour mieux revenir

On me dit que je suis débarqué au bon moment, que l’hiver a été glacial et le printemps pluvieux, et que cette semaine marque le début du beau temps. Je ne sais  trop pourquoi, mais je glisse souvent au bon endroit au bon moment. Je me rappelle cette visite à Londres qui est tombée LA semaine où ils ont battus un record de beau temps, ou encore, mon arrivée à Paris Montparnasse l’année où ils ont eu un VRAI été. Ma mère vous dirait que je suis née sous une bonne étoile.

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Et la semaine dernière, plus précisément le 24 juin 2014, je débarquais à Montréal Dorval avec six valises et trois chats, juste au moment où tout est beau, où tout est chaud, où les gens sont souriants, acceuillants.

Et ce qui me ramène ici? Pleins de raisons, que j’énumèrerai ci-bas. Derrière cette décision, il y a des mois de réflexion, de pour et contre longuement pesés.

Si vous me lisez depuis le début (circa 1999) vous savez que j’ai le pied léger, que comme un chat, j’aime garder toutes les portes ouvertes, au cas où l’envie de déménager sur un autre continent me prendrait. Et comme je tombe souvent dans les bras de beaux Européens, mes racines ne sont jamais coulées dans le béton, je suis toujours game. Je suis consciente de la brièveté de la vie, et en même temps, de toutes ses possibilités – deux loies avec lesquelles j’essais de jongler au mieux de mon humanité, tentant de faire des choix qui me permettent d’être et de rester libre, qui me permettent d’apprécier la vie à fond, quitte à parfois tout perdre pour tout devoir rebâtir.

Je suis partie et revenue à Montréal plus d’une fois — en 2003, de retour de Hambourg — chaque fois par périodes de trois à quatre ans. Je pars d’ici parce que l’isolement géographique m’enclostrophobe, parce qu’il y a tant à voir et à faire dans ce monde, dans cette vie qui est beaucoup trop courte.

Je reviens aujourd’hui dans ma ville, qui m’est toute fraîche (manière de parler), pétillante, pleine de choses et de gens à découvrir. Montréal m’est à nouveau exotique et stimulante. Il faut croire que je devais en partir pour mieux y revenir, pour apprécier tout ce qui fait mon identité.

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J’ai passé plusieurs mois à peser les pours, les contres, à me perdre dans des calculs presque mathématiques pour essayer d’y voir clair et arriver à choisir entre m’établir pour de bon en Europe, y continuer ma vie en m’installant à Amsterdam, à Berlin, à Londres, Barcelone, ou rebrousser chemin, et revenir vivre à Montréal.

Après des semaines de discussions, de réflexions, à retourner la situation dans tout le sens, j’ai choisi de revenir à Montréal pour différente raisons, dont la principale qui est que je n’en peux plus de me sentir étrangère aux gens et aux lieux. Ce qui me semblait exotique il y a quelques années m’est aujourd’hui source d’inconfort. Avec la quarantaine qui m’attend au tournant, et mon capital jeunesse qui, selon les françaises, devrait commencer à m’obséder, mes priorités se sont, disons, naturellement ajustées. Je ne suis pas éternelle, bien malgré moi.

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Je reviens ici parce que j’ai un urgent besoin de familiarité, de connexion, de facilité. D’être comprise et de comprendre, de ne plus me sentir comme un chien dans un jeu de quille, une observatrice détachée.

J’ai envie de me balader à vélo dans les rues que je connais, de profiter de la ville que je connais le mieux, de dépenser mon énergie à créer et faire avancer mes projets au lieu d’à nouveau avoir à m’ajuster à une culture qui n’est pas la mienne, où je n’ai pas de liens profond.

J’ai envie de facilité, de profiter des cafés, de ma tablette et de son clavier pour vous parler de ces quatre dernières années d’expatriée. Des rencontres que j’ai faites, de la manière dont j’ai vécu et voyagé, de ce que j’ai appris.

J’ai envie de profiter de mes amis, de créer de nouveaux liens, de me sentir chez moi.

Ancrée.
Et de créer.

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Je sais que mon besoin d’exotisme, cette tentation de voir le monde, d’y vivre, d’être partout en même temps, en vrai, pas derrière un écran, ne me passera pas. Je suis tel un explorateur qui quitte pour de nouveaux lieux jusqu’à ce que sa maison lui manque.

Je suis partie blasée de Montréal, et j’y reviens pleine d’envie de la redécouvrir, de la remixer, de l’apprécier, la gouter à nouveau.

Author: m-c

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4 Comments

  1. C’est touchant ce que tu écris. J’ai moi aussi quitté le Québec pendant plusieurs années (pas intentionnellement par contre) mais je découvre Montréal pour la première fois. Ton site est très beau aussi. Félicitations.

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  2. Faudrait vraiment qu’on aille prendre un verre ensemble 🙂

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